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Comment chiffrer un devis : déboursé sec, frais généraux et marge, pas à pas

Un devis se perd de deux façons. Trop cher, le client signe ailleurs. Trop bas, tu signes et tu perds de l'argent sans le voir, parce que le chantier « tourne » quand même. Dans les deux cas, le problème est le même : un prix estimé au jugé, au lieu d'un prix construit.
Construire un prix, c'est toujours les trois mêmes étapes, dans cet ordre.
La réponse courte
Pour chiffrer un devis, calcule d'abord le déboursé sec : matériaux avec les pertes, heures au coût horaire chargé, matériel et sous-traitance. Ajoute la part de frais généraux : tu obtiens le coût de revient complet. Applique enfin ta marge sur ce coût complet. Le résultat est ton prix de vente HT, ligne par ligne.
L'erreur la plus répandue, et la plus chère : appliquer la marge directement sur le déboursé sec, en oubliant les frais généraux.
Étape 1 - Le déboursé sec : ce que le chantier consomme
Le déboursé sec, c'est tout ce qui part dans le chantier, et rien d'autre. Quatre postes :
- Les matériaux, majorés des pertes et chutes : 5 à 10 % en général, plus en rénovation, où les découpes et les reprises se multiplient.
- La main-d'œuvre, au coût horaire chargé : ce que te coûte une heure de travail, charges sociales comprises. Pas ton taux horaire de vente (voir plus bas).
- Le matériel : location d'échafaudage, de bétonnière, de nacelle.
- La sous-traitance, si une partie du chantier est confiée à un autre.
Ce que le déboursé sec ne contient pas : ta décennale, ton véhicule, ton comptable, le temps passé à faire les devis. Tout ça existe, mais ne se voit sur aucun chantier en particulier. C'est l'étape 2.
Étape 2 - Les frais généraux : ce que coûte ton entreprise
Décennale, véhicule, carburant, outillage, téléphone, local, logiciel, comptable, et toutes les heures non facturables : ces frais tombent que tu sois sur un chantier ou non. Ils pèsent couramment 15 à 25 % du chiffre d'affaires dans le bâtiment.
Chaque chantier doit en porter sa part. Sinon, ils sortent directement de ta rémunération.
Le piège du pourcentage. Si tes frais généraux pèsent 20 % de ton chiffre d'affaires, il ne faut pas ajouter 20 % au déboursé sec, mais 25 %. La raison : les 20 % sont calculés sur le prix de vente, et tu les ajoutes à un montant plus petit, le déboursé. Pour passer de l'un à l'autre, divise : 0,20 / (1 - 0,20) = 0,25.
Déboursé sec + part de frais généraux = coût de revient complet. C'est le prix en dessous duquel tu perds de l'argent.
Étape 3 - La marge : ce que tu gagnes vraiment
La marge rémunère le risque, finance les investissements et les mois creux. Elle s'applique au coût de revient complet, jamais au déboursé sec.
Un coefficient de 1,25 à 1,50 sur le coût de revient complet est couramment constaté dans le bâtiment. Le chiffre exact dépend de ton métier, de ta part de fournitures (on marge souvent moins sur un matériau que le client peut comparer en magasin) et de ton niveau de frais généraux.
Marge ou marque ? Deux pourcentages pour la même réalité, et une source d'erreur classique :
- le taux de marge rapporte ta marge au coût de revient ;
- le taux de marque la rapporte au prix de vente HT.
Une marge de 25 % sur le coût ne pèse que 20 % du prix de vente. Pour garder 30 % du prix de vente, il faut diviser le coût par 0,70 (coefficient 1,43), pas le multiplier par 1,30. Le calculateur de marge fait la conversion dans les deux sens.
Exemple 1 - Un chantier complet
Les chiffres de ce premier exemple sont ceux du calculateur de coût de revient : tu peux les y saisir et retrouver chaque résultat.
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Matériaux | 2 000 € + 5 % de pertes | 2 100,00 € |
| Main-d'œuvre | 40 h × 35 € de coût horaire chargé | 1 400,00 € |
| Location de matériel | forfait | 500,00 € |
| Déboursé sec | 4 000,00 € | |
| Frais généraux | 20 % du CA, soit 25 % du déboursé | 1 000,00 € |
| Coût de revient complet | 5 000,00 € | |
| Marge | 25 % du coût de revient | 1 250,00 € |
| Prix de vente HT | 6 250,00 € |
Le même chantier, chiffré avec la marge posée sur le déboursé sec, aurait donné 4 000 × 1,25 = 5 000 € HT. Sur le papier, 25 % de marge. En réalité, ce prix couvre tout juste le coût de revient complet : zéro euro gagné, pour un chantier qui a l'air rentable.
Exemple 2 - Une seule ligne, au m²
Sur un devis détaillé, le calcul se fait ligne par ligne. Voici une ligne de peinture, « impression et deux couches sur plaque de plâtre », pour 1 m² :
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Main-d'œuvre | 0,13 h × 42 € de coût horaire | 5,46 € |
| Fournitures | impression et peinture | 1,85 € |
| Matériel | rouleaux, bâches, consommables | 0,20 € |
| Déboursé sec | 7,51 € | |
| Frais généraux | coefficient de 15 % sur le déboursé | 1,13 € |
| Coût de revient | 8,64 € | |
| Marge | 10 % sur le coût de revient | 0,86 € |
| Prix unitaire HT | arrondi au centime | 9,50 €/m² |
Sur 300 m² de murs, c'est 2 850 € HT. Avec un prix « au jugé » de 8 €/m², le même chantier rapporterait 2 400 € : 450 € de moins, et un coût de revient (8,64 €/m²) que le prix ne couvre même plus.
Cette ligne est tirée du modèle de DPGF Excel, dont l'onglet « Sous-détail des prix » fait exactement ce calcul, ligne par ligne, pour un chantier entier.
Coût horaire ou taux horaire : ne pas les confondre
- Le coût horaire chargé est ce que te coûte une heure, charges sociales comprises. Il entre dans le déboursé sec (étape 1).
- Le taux horaire est ce que tu factures au client quand tu vends à l'heure. Il contient déjà frais généraux et marge.
Mettre ton taux horaire de vente dans le déboursé sec compte deux fois les frais et la marge : ton prix grimpe sans raison. Mettre ton coût horaire à la place du taux de vente sur une ligne en régie, c'est facturer au prix coûtant. Pour trouver le bon taux de vente, le calculateur de taux horaire part de la rémunération que tu vises et de tes heures réellement facturables.
Ce que le client voit, et ce qu'il ne voit pas
Le devis doit détailler chaque prestation en quantité et en prix unitaire. Il ne doit pas montrer comment tu as construit ce prix : ton déboursé sec, tes frais généraux et ta marge restent chez toi.
Ce qui rassure le client, c'est l'autre découpage : fourniture et main-d'œuvre séparées, une ligne par prestation, des unités qu'il comprend (m², mètre linéaire, unité, forfait). Nos exemples chiffrés le montrent métier par métier : maçonnerie, plâtrerie ou toiture. Et pour la liste de ce que le document doit porter, les mentions obligatoires du devis.
La méthode, en résumé
- Mesure avant de chiffrer : un prix au m² sur une surface estimée reste une estimation.
- Déboursé sec, ligne par ligne : matériaux avec les pertes, heures au coût chargé, matériel, sous-traitance.
- Frais généraux convertis dans le bon sens : 20 % du CA, c'est 25 % du déboursé.
- Marge sur le coût de revient complet.
- Arrondis le prix unitaire au centime, puis vérifie le total : il doit rester au-dessus de ton coût de revient, même après une remise.
Et le temps passé ?
Refaire ce calcul pour chaque ligne de chaque devis, c'est justement ce qui fait qu'on finit par chiffrer au jugé. La solution est de le faire une fois : chaque prestation que tu vends souvent (le m² de cloison, le mètre de tranchée, la pose d'un ballon) reçoit son prix construit, rangé dans ta bibliothèque. Ensuite, sur le chantier, tu dictes « 45 m² de peinture murs, deux couches » et le devis reprend ton prix, pas une estimation. C'est ce que fait le devis à la voix d'Izi-Devis.