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DPGF bâtiment : comment remplir la décomposition du prix global et forfaitaire

Tu réponds à un appel d'offres, et l'architecte t'envoie un fichier Excel : des dizaines de lignes, des colonnes quantité et prix unitaire, un total qui doit tomber juste. C'est la DPGF, la décomposition du prix global et forfaitaire - le document qui détaille ton prix global, poste par poste. Bien remplie, elle fait gagner le marché et sécurise tes paiements. Mal remplie, elle te fait travailler gratuitement. Voici comment la prendre dans le bon sens.
C'est quoi une DPGF, et quand tu la croises
La DPGF est l'annexe financière de ton offre dans un marché à prix global et forfaitaire : marchés publics (mairie, bailleur, école...), mais aussi opérations privées pilotées par un architecte ou un économiste de la construction. Le principe du forfait : tu t'engages à réaliser l'ouvrage complet décrit par les plans et le CCTP (le cahier des clauses techniques particulières) pour un prix global. La DPGF décompose ce prix en chapitres et en postes : désignation, unité, quantité, prix unitaire HT, total par ligne, sous-totaux, total général.
Deux nuances à vérifier dans les pièces du marché avant de t'engager :
- Ce qui t'engage vraiment. Selon l'acte d'engagement et le CCAP (et leur ordre de priorité des pièces), c'est souvent le montant total qui a valeur contractuelle - la décomposition pouvant n'être qu'un outil d'analyse des offres et de calcul des paiements. Vérifie le statut donné à la DPGF avant de compter sur (ou de craindre) chacun de ses prix unitaires.
- Forfaitaire ne veut pas dire figé dans le temps. « Forfaitaire » décrit la façon de payer l'ouvrage ; « ferme », « actualisable » ou « révisable » décrit comment le prix évolue entre l'offre et l'exécution. Un forfait peut très bien être révisable : c'est la clause de variation des prix du CCAP qui tranche. La lire t'évite d'absorber l'inflation pour rien, ou de rater une révision à laquelle tu as droit.
La DPGF sert trois fois :
- Au jugement des offres : le maître d'œuvre compare ta décomposition à celle des concurrents et à son estimation, ligne par ligne.
- Pendant le chantier : tes situations de travaux (les factures d'avancement) se calculent sur les postes de la DPGF : 60 % du poste cloisons, 30 % du poste peinture...
- Aux avenants : une modification de programme se chiffre le plus souvent à partir de tes prix unitaires - directement s'ils ont valeur contractuelle, comme référence de négociation sinon. Dans les deux cas, des prix cohérents dès le départ t'évitent de négocier à froid.
DPGF, DQE, BPU : trois tableaux qui se ressemblent, trois régimes
On les confond tout le temps, et la confusion coûte cher :
- DPGF : marché au forfait. Le total engage. Les quantités affichées sont un mode de calcul, pas une garantie.
- BPU (bordereau des prix unitaires) : marché à prix unitaires, typique des accords-cadres et marchés à bons de commande. Tu t'engages sur chaque prix unitaire ; les quantités réellement commandées seront constatées au fur et à mesure.
- DQE (détail quantitatif estimatif) : un tableau de simulation qui croise les prix du BPU avec des quantités estimées, pour comparer les offres. Le total du DQE ne t'engage pas ; tes prix unitaires, si.
Le réflexe avant de remplir quoi que ce soit : identifier le régime du marché dans le règlement de consultation. Au forfait, le risque de quantité est chez toi. À prix unitaires, il reste chez l'acheteur.
Le piège central : au forfait, les quantités sont TON problème
C'est le point que les artisans découvrent à leurs dépens. Dans une DPGF, le cadre est souvent pré-rempli par l'économiste : postes, unités, parfois les quantités. Si tu reprends ses quantités sans vérifier et qu'il manque 40 m² de cloisons par rapport aux plans, tu poseras quand même ces 40 m² - au prix du forfait, sans supplément. Le forfait couvre l'ouvrage décrit par le CCTP et les plans, pas le contenu du tableau.
La parade tient en une règle : re-métrer toi-même les postes qui pèsent. Pas besoin de tout refaire au millimètre : classe les postes par montant, vérifie sérieusement ceux qui font 80 % du total, contrôle par ratissage les autres. Si tu trouves un écart important avec le cadre fourni, signale-le par écrit pendant la phase questions-réponses de la consultation : la réponse profite à tous les candidats, mais elle te protège surtout toi.
Remplir la DPGF poste par poste, sans se faire piéger
1. Lis le CCTP avant le tableau
Chaque poste de la DPGF renvoie à une prescription du CCTP : la ligne « cloisons 72/48 » peut cacher une isolation renforcée, un parement double peau, des sujétions d'échafaudage. Le prix se construit depuis le CCTP, pas depuis l'intitulé de la ligne.
2. Respecte le cadre imposé
Ne fusionne pas des lignes, n'en supprime pas, ne réorganise pas les chapitres : le maître d'œuvre compare les offres cellule par cellule, et un tableau modifié rend la comparaison impossible - au mieux on te redemande une version conforme, au pire l'offre est jugée irrégulière. Si tu veux proposer autre chose, vérifie que le règlement de consultation autorise les variantes.
3. Aucune ligne vide
Une ligne sans prix, c'est soit une offre incomplète, soit un ouvrage offert. Si un poste est réellement compris dans un autre, écris-le : « compris dans le poste 2.3 ». Une mention explicite se discute ; un blanc se retourne contre toi.
4. Construis chaque prix, ne le devine pas
Un prix unitaire de DPGF, c'est ton déboursé sec (fournitures + main d'œuvre au temps réel), plus tes frais de chantier, plus tes frais généraux, plus ta marge. Trois outils du site font exactement ce travail :
- le calculateur de coût de revient chantier pour poser le déboursé complet ;
- le calculateur de taux horaire pour arrêter le coût réel de ton heure de pose ;
- le calculateur de marge pour vérifier ce qui te reste une fois tout payé.
Le danger spécifique à la DPGF : comme les prix sont comparés ligne à ligne, la tentation est forte d'écraser un poste visible et de se rattraper sur un autre. Prudence : un poste anormalement bas peut déclencher une demande de justification, et si les quantités de ce poste augmentent en cours de chantier... c'est ton prix bradé qui sert de base.
5. Vérifie les totaux comme si on allait les recalculer
Parce qu'on va les recalculer. Quantité x prix unitaire = total de ligne, somme des lignes = sous-total de chapitre, somme des chapitres = total HT, puis la TVA en bas du tableau. Une erreur de formule dans un fichier Excel remis à l'appui d'une offre, c'est au minimum un aller-retour embarrassant, au maximum une offre écartée.
Côté TVA, ne raisonne pas au statut du client mais à la nature des travaux et du bâtiment : du neuf ou un ERP se facture à 20 %, mais une rénovation de logements achevés depuis plus de 2 ans peut relever du 10 % (voire du 5,5 % en rénovation énergétique) y compris quand le client est un bailleur social, une SCI ou une collectivité - et une même opération peut mélanger plusieurs taux. Cas particulier fréquent en marché : en sous-traitance de travaux, c'est en général l'autoliquidation, tu factures HT au titulaire. Le règlement de consultation ou le cadre fourni précise normalement le taux attendu ; en cas de doute, pose la question pendant la consultation. Pour vérifier un taux selon la nature des travaux et du bâtiment, le calculateur TVA bâtiment applique les conditions cas par cas.
Un exemple concret : le lot peinture d'une école
Extrait d'une DPGF de lot peinture, telle qu'un économiste peut la cadrer :
| N° | Désignation | U | Qté | PU HT | Total HT |
|---|---|---|---|---|---|
| 3.1 | Impression sur plaques de plâtre | m² | 420 | 2,80 € | 1 176,00 € |
| 3.2 | Peinture finition A, murs, 2 couches | m² | 420 | 9,50 € | 3 990,00 € |
| 3.3 | Peinture plafonds, 2 couches | m² | 180 | 11,20 € | 2 016,00 € |
| 3.4 | Protection des sols et mobilier | ens | 1 | 850,00 € | 850,00 € |
| Sous-total chapitre 3 | 8 032,00 € |
Trois choses à voir dans cet extrait : le poste « protection » a une unité « ensemble » (un forfait dans le forfait : à chiffrer sérieusement, pas au doigt mouillé) ; les 420 m² méritent un contrôle sur plans avant signature ; et chaque prix unitaire doit pouvoir se justifier en déboursé + marge si le maître d'œuvre pose la question.
Après la signature : la DPGF devient ta machine à facturer
C'est la partie que personne ne raconte aux candidats : une DPGF bien remplie simplifie toute la suite du marché. Chaque mois, ta situation de travaux reprend les postes du tableau avec un pourcentage d'avancement : le maître d'œuvre vise des lignes qu'il connaît déjà, le paiement passe plus vite. À l'inverse, une DPGF bâclée se paie pendant toute la durée du chantier : chaque situation devient une négociation.
Garde donc ta DPGF remise à jour de tes propres métrés dans un coin : c'est elle qui te dira, à tout moment, ce qui est fait, ce qui reste, et ce que ça représente en euros. Et si le règlement traîne : sur un chantier privé entre professionnels, les pénalités de retard se calculent ici ; en marché public, c'est un autre régime - des intérêts moratoires au taux BCE majoré de 8 points (plus l'indemnité forfaitaire de 40 €), dus de plein droit dès le dépassement du délai de paiement.
Du devis à la DPGF : le même métier, structuré autrement
Une DPGF n'est rien d'autre qu'un devis détaillé dont la structure est imposée par le client. Les compétences sont exactement les mêmes : décrire les ouvrages, métrer, construire des prix unitaires qui tiennent, présenter des totaux propres. Si tes devis sont déjà structurés par postes avec des quantités et des prix unitaires sérieux, remplir une DPGF devient un exercice de transposition, pas de création.
C'est là qu'Izi-Devis joue son rôle : tu dictes ton chantier à la voix, l'assistant structure le devis par postes, avec quantités, prix unitaires et sous-sections. Tes prix sont posés, justifiables et réutilisables - le jour où un cadre de DPGF arrive, tu transposes des chiffres que tu maîtrises au lieu de partir d'une page blanche.